14 juillet 2017 : discours prononcé par l’Ambassadeur de France

Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères et des Congolais de l’Etranger, chef de la délégation gouvernementale,

Messieurs les Présidents du Sénat et de l’Assemblée Nationale,

Vénérables sénateurs, Honorables députés,

Mesdames et Messieurs les représentants des institutions de la République,
Monsieur le Député-Maire de Brazzaville, Monsieur le Préfet, Madame la Maire de Bacongo,

Mesdames et Messieurs les membres du corps diplomatique et représentants des organisations internationales,

Chers collègues

Chers compatriotes, chers amis,

C’est avec un honneur et un plaisir tout particuliers que mon épouse Raliatou et moi-même vous accueillons ce soir à la Case de Gaulle pour la célébration du 14 juillet. Nous remercions toutes celles et tous ceux, nombreux, qui nous ont fait l’amitié de répondre à notre invitation.

En ce jour du 14 juillet, la France adresse sont salut amical et fraternel au peuple congolais. Quel meilleur symbole que la Case de Gaulle pour célébrer cette fidélité à nos valeurs, qui fondent l’identité de la relation entre Paris et Brazzaville ?

Ce 14 juillet marque aussi le 100ème anniversaire de l’entrée en guerre des Etats-Unis dans le premier conflit mondial. Un défilé grandiose a eu lieu ce matin sur les Champs Elysée, avec des troupes américaines, en présence du Président américain Donald Trump aux côtés du Président Emmanuel Macron, pour célébrer une alliance et une amitié exceptionnelles. C’est aussi le lieu d’accueillir chaleureusement parmi nous notre nouveau collègue américain Todd Haskell.

Un an s’est écoulé depuis notre arrivée. Que l’ensemble des autorités congolaises, à commencer par le Président Denis Sassou N’Guesso soient ici chaleureusement remerciées pour la qualité de l’accueil qu’elles ont bien voulu nous réserver. En cette première année, notre plus belle découverte du Congo a été humaine, et nous exprimons notre profonde gratitude aux Congolais et Congolaises qui nous ont ouvert les portes de leur amitié. A toutes les Françaises et à tous les Français ici présents, mon épouse et moi-même exprimons notre reconnaissance pour l’amitié avec laquelle vous nous avez accueillis et pour les belles rencontres que vous nous avez offertes, avec une pensée particulière pour la Doyenne de notre communauté Lisa Nigoul. A tous les agents de l’Ambassade de France et à tout le personnel de la Case de Gaulle, merci de votre engagement sans faille et de votre dévouement quotidien.

I. Fidélité à nos valeurs, fidélité à la devise de la République née du siècle des Lumières et de l’élan révolutionnaire : plus que jamais, se rassembler autour de la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » est à l’ordre du jour.

Non seulement pour manifester notre attachement à cet héritage universel, mais encore – et plus urgemment- pour faire face aux menaces qui s’attaquent à cette conception, à laquelle nous sommes tant attachés, d’un modèle politique, économique, social et culturel fondé sur les principes de liberté et de démocratie, de raison et de laïcité, de tolérance, de respect des Droits de l’Homme et de paix, dont l’épanouissement et le progrès de l’humanité sont la raison d’être.

Prolifération du terrorisme et du fanatisme religieux, comme nous l’avons vu hier encore à Maroua, au Nord du Cameroun, menace nucléaire, drames migratoires en Méditerranée, fissures dans les unions et les alliances, exclusions et violences sociales, remise en cause unilatérale des engagements pris dans la lutte contre le réchauffement climatique : la liste est longue, trop longue hélas, de ces menaces qui frappent à nos portes en ces temps d’incertitude et de ruptures.

Cette immense figure qui nous a quittés il y a peu, Madame Simone Veil, disait, en 2005, lors de la cérémonie de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau : « venus de tous les continents, croyants ou non-croyants, nous appartenons tous à la même planète, à la communauté des hommes. Nous devons être vigilants, et la défendre non seulement contre les force de la nature qui la menacent, mais encore davantage contre la folie des hommes ».

Comme souvent dans son histoire, heureusement, le peuple français, en élisant Monsieur Emmanuel Macron Président de la République, a décidé de rassembler ses énergies et de remettre la République en marche. En marche, pour ne pas être en marge. La France a décidé d’un rebond de confiance : confiance dans ses valeurs, dans sa jeunesse, dans sa diversité et dans son avenir. Comme l’a déclaré le Chef de l’Etat devant le Congrès réuni à Versailles, l’heure est venue de donner un sens nouveau au contrat républicain, d’insuffler, avec nos partenaires et en premier lieu l’Allemagne, une énergie nouvelle à l’Union Européenne. Plus que jamais la France est résolue à mobiliser ses forces et sa vigueur au service de la paix et de la lutte contre le dérèglement climatique.

Sachons également voir l’avenir avec générosité et ambition : ces mêmes valeurs sont au cœur de la candidature de Paris pour accueillir les Jeux Olympiques de 2024, que le Chef de l’Etat a soutenue en personne cette semaine à Lausanne, devant le Comité International Olympique.

II. S’agissant de notre relation bilatérale, cette résolution et cette confiance doivent nous inspirer pour affronter avec plus de détermination les défis auxquels est confronté le Congo.

La difficulté des temps l’exige. Une relation unique, forte d’une amitié forgée dans le creuset de l’histoire, au temps de la France libre, nous y oblige. La volonté, l’expérience et les compétences, autorisent l’espoir. Mais l’espoir n’a de sens que dans la lucidité.

Inspiré par la vision du Président Denis Sassou N’Guesso à l’aube de son nouveau mandat, le gouvernement congolais a avancé tout au long de cette année dans la mise en œuvre d’un programme ambitieux de réformes, destinées à redynamiser les institutions et à mieux associer les différentes composantes de la société à la marche du pays. Cela mérite d’être salué. Les élections législatives et municipales, malgré un contexte économique très difficile, se tiendront après-demain. Je forme le vœu que ces scrutins se déroulent dans le calme, qu’ils voient une large participation des électeurs et que la nouvelle assemblée apporte au gouvernement la jeunesse, la diversité et les forces indispensables pour continuer sur la voie des réformes.

Dans ces temps difficiles, nous pouvons, ensemble, la France et le Congo, faire davantage. Nous le devons.

De même que la France apprécie à leur pleine mesure les efforts de médiation déployés par le Président Denis Sassou N’Guesso pour promouvoir des solutions pacifiques et durables en Libye ou en RDC, sans oublier sa préoccupation constante face à la crise en RCA, de même le Congo peut-il compter sur l’appui de la France pour relever les défis les plus brûlants du moment.

  • Notre coopération militaire et de défense est là pour contribuer au renforcement des capacités des Forces armées congolaises, pour en faire un outil plus efficace de visibilité dans les crises régionales, dans l’esprit d’une armée républicaine que je salue.
  • Dans les réunions multilatérales, nous sommes aux côtés du gouvernement congolais lorsqu’il en appelle à une aide internationale d’urgence face à la situation critique, nutritionnelle et sanitaire, des populations déplacées du Département du Pool.
  • Parce que le Congo est confronté à l’une des crises financières les plus aiguës de son histoire, nous avons toujours dit, dès la première heure, que le Congo pouvait compter sur l’appui de la France pour conclure un accord avec le FMI avec engagement financier, accord qui devra respecter le caractère prioritaire des dépenses sociales. Il n’est plus temps de différer la conclusion d’un tel accord et, ainsi que le Président Emmanuel Macron l’a écrit au Président Denis Sassou N’Guesso, nous nous félicitons du récent engagement du gouvernement congolais en ce sens.
  • Dans le secteur de la santé, l’impact de la crise économique et financière est particulièrement préoccupant, en particulier pour la fourniture de médicaments anti-rétroviraux et pour la couverture vaccinale. Là encore, la France, deuxième contributeur au Fonds Mondial, est prête à participer à la mise en œuvre de solutions, non seulement pour faire face à l’urgence, mais aussi pour aider à la construction d’un système résilient et durable, en concertation étroite avec le gouvernement congolais. Je salue l’action de la Croix Rouge française au Congo, avec la Croix Rouge congolaise.
  • Le chapitre de l’environnement est crucial pour le Congo, pour la sous-région et pour la planète. Vous connaissez l’engagement du Président Emmanuel Macron pour la pleine réussite de l’accord de Paris sur le climat. Un nouveau sommet se tiendra à Paris le 12 décembre. Nicolas Hulot, Ministre d’Etat, Ministre de la Transition Ecologique et solidaire, chargé de l’Environnement, vient de présenter son plan d’action pour le climat. Dans ce contexte, le Congo a une carte majeure à jouer, avec l’initiative du Fonds Bleu pour le Bassin du Congo.

Solidaire du Congo et de son peuple, la France n’entend pas agir seule mais avec l’Union Européenne et avec les Nations-Unies. Le moment me paraît également venu d’envisager des coopérations innovantes avec d’autres grands partenaires, notamment la Chine, dans le secteur de la santé ou de l’ingénierie des grands travaux.

III. Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères, Mesdames et Messieurs,
Dans cette passe difficile que le Congo traverse avec courage, la présence française dans ce pays représente un recours et un secours. Reconnaissons-la comme telle.

  • Le Congo peut tirer un meilleur parti du réseau des entreprises françaises pour le développement et la diversification de son économie, de même que de l’Agence Française de Développement, pour la formation professionnelle de sa jeunesse et ses grands programmes d’équipement.
  • Nous avons un savoir-faire et une langue en partage, qui sont des atouts uniques. Les entrepreneurs français, vous le savez, sont attachés au Congo, à Brazzaville comme à Pointe-Noire, et je ne pense pas seulement aux grands groupes tels que Total et Bolloré. Le réseau des petites et moyennes entreprises, sérieusement mis à mal par la conjoncture et un cadre des affaires perfectible, est indispensable à la diversification d’une économie nationale.

C’est le lieu de remercier très chaleureusement l’ensemble des entreprises qui ont apporté leur concours généreux à l’organisation de cette soirée. Qu’elles sachent que je resterai à leurs côtés, de même que le service économique de l’Ambassade, si difficile que soit la tâche. A plus forte raison parce que des secteurs nouveaux peuvent offrir de belles opportunités, je pense en particulier à celui du tourisme et de l’hôtellerie. Agissons davantage nous-mêmes pour rajeunir notre réseau en développant des partenariats avec la génération montante des cadres et des chefs d’entreprise franco-congolais. Soyons plus actifs à identifier les talents formés dans les universités ou les grandes écoles françaises, en partenariat avec les chambres de commerce, et qui représentent le Congo de demain.

  • Parce que l’avenir du continent africain est inséparable de celui de sa jeunesse, la culture et l’éducation doivent être plus que jamais au cœur de notre action. A Pointe-Noire comme à Brazzaville, nos lycées sont engagés dans des programmes d’excellence et d’extension de leurs capacités. Ils sont aussi ouverts à des partenariats avec les lycées congolais, avec l’aide d’entreprises françaises. De même sommes-nous en soutien de l’initiative du Ministre de l’Enseignement supérieur pour mobiliser des fonds de l’AFD en appui au programme de formation des enseignants des universités.
  • Quant à la culture, elle est, dans nos sociétés avides de liberté et de dignité, l’un des plus sûrs creusets où, de la confrontation des idées et des créations, peut jaillir la lumière. Non, la jeunesse n’est pas condamnée à errer au cœur des ténèbres ! L’Art est une élévation, de même que la mise en valeur du patrimoine est une reconnaissance d’identité. L’Afrique reconquiert la scène artistique internationale, elle qui est la terre première de l’Homme, elle par qui a débuté l’Histoire. Du récent musée Quiébé-Quiébé d’Oyo aux plateaux de nos Instituts français, des Ateliers Sahm aux murs de cette Résidence, une même exigence de sagesse, de force et de beauté nous convoque, Français et Congolais.

Pour relever ensemble avec succès ces défis qui déterminent notre avenir, il nous faut, pour citer Danton : « de l’audace, et encore de l’audace ! ». J’ai confiance en notre capacité d’y parvenir, ensemble.

En ayant au cœur cette lumière de l’amitié franco-congolaise, je vous souhaite, mes chers compatriotes, chers amis congolais, une belle fête du 14 juillet.

Vive la République !

Vive la France !

Vive le Congo !

Vive l’amitié franco-congolaise !

Dernière modification : 19/07/2017

Haut de page