14 juillet à Brazzaville : discours de l’Ambassadeur de France

Case de Gaulle - Bacongo - Brazzaville
mardi 14 Juillet 2020

Célébration de la Fête nationale française

« Monsieur le Ministre, représentant le Gouvernement de la République du Congo,
Chers collègues Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les Chefs de Services et Chefs d’entreprises,
Chers invités et chers amis.

Bienvenue à la Case de Gaulle !

Cette célébration du 14 Juillet 2020 à Brazzaville devait être une Fête pour nous tous, une Fête à la hauteur de l’exceptionnelle relation d’amitié qui existe si profondément entre nos deux pays, entre nos deux peuples.

Cette célébration devait être d’autant plus belle qu’elle prenait place en une Année 2020 si riche pour notre mémoire collective. Dans le double écrin du 60ème anniversaire de l’Indépendance de la République du Congo et du 140ème anniversaire de la fondation de Brazzaville, ce millésime est en effet marqué, faut-il encore le rappeler, d’une série de dates remarquables de notre histoire partagée, s’articulant autour du parcours du Général de GAULLE dans la Capitale de la France Libre.

Le 18 juin dernier, j’ai ainsi eu l’honneur de célébrer aux côtés du Ministre de la Défense le 80ème anniversaire de l’Appel de Londres, afin de rappeler haut et fort comment, par le même sang versé, se sont forgés ces liens indéfectibles et ce que la France doit à l’Afrique depuis ces « terribles années » pendant lesquelles, selon les mots extrêmement forts du Général, « Brazzaville fût le refuge de notre Honneur et de notre Indépendance ».

De même, le 26 août, ainsi que les 24 et 27 octobre prochains, doivent nous permettre de nous souvenir, comme ils le méritent : du ralliement de l’Afrique équatoriale française à la France Libre, sous l’impulsion du Gouverneur Félix EBOUE ; du premier séjour du Général de GAULLE à Brazzaville ; et de la publication du Manifeste éponyme, qui contribuera à changer la face de la seconde guerre mondiale.
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Ce devait être une Fête disais-je.….
..… mais un nouveau coronavirus en a malheureusement décidé autrement, bouleversant sur le chemin de son expansion mortifère, toutes nos habitudes, toutes nos prévisions, toutes nos certitudes.

A un degré plus ou moins fort, tous les pays de notre monde dorénavant interconnecté sont touchés, imposant à chacun d’eux et à chacun de nous une obligation de solidarité inédite, afin d’espérer combattre efficacement, et vaincre.

La Fête nationale de la République française n’a donc pas échappé à cette bourrasque.

J’aurais pu, moi aussi, choisir d’annuler la traditionnelle réception du 14 Juillet. Cela aurait été cohérent avec tout ce que nous voyons, ici ou ailleurs. Pourtant, et au regard de la richesse de notre relation bilatérale, cela n’aurait peut-être pas été très bien compris.

C’est pourquoi, et en plein accord avec les autorités congolaises, j’ai décidé de maintenir cette commémoration à la Case de Gaulle, mais dans un format très restreint, en signe de respect envers les trop nombreuses victimes congolaises du virus, au nombre desquelles je voudrais saluer Edo NGANGA, dernier co-fondateur et Patriarche des « Bantous de la Capitale » qui nous a quittés le 7 juin dernier, alors même que touche au but le patient travail de consécration officielle, par l’UNESCO, de la « Rumba congolaise ».

Je vous remercie donc vraiment d’avoir accepté cette invitation un peu particulière. J’en suis très honoré. Merci tout particulièrement à vous, Monsieur le Ministre, pour cette très appréciée marque d’estime et d’amitié.

Je veux croire que nous aurons, avant la fin de cette année 2020, l’occasion de nous retrouver à la Case de Gaulle, en bien plus grand nombre, pour célébrer ensemble, dignement et chaleureusement, la fierté de notre histoire commune, la force de ce lien unique qui existe entre mon pays, la France et cette accueillante et magnifique terre africaine, dans les bons comme dans les mauvais moments.
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Mesdames et Messieurs.

Il faut avoir l’humilité de l’avouer, nous ignorons encore beaucoup de ce Covid-19, plusieurs mois après son irruption sur les 5 continents. Partout, les plus grands scientifiques se sont engagés dans l’élaboration d’un traitement et la recherche d’un vaccin, seuls moyens de s’en débarrasser et ce, sur toute la surface du globe.

Et c’est pourquoi la France se bat, avec d’autres, pour que ces découvertes à venir soient reconnues comme des biens publics mondiaux, afin de défaire les égoïsmes nationaux et les intérêts mercantiles qui entendent encore faire obstacle à l’expression inédite de solidarité universelle qu’exige le traitement, non seulement de la crise actuelle, mais aussi, on le sait maintenant, de celles qui ne manqueront pas de suivre.

Dans cette attente, nous savons que nous devons vivre avec le virus et chercher à en limiter au maximum les effets destructeurs, immédiats, en cours et plus éloignés. Permettez-moi, Monsieur le Ministre, de saluer ici l’action du Gouvernement congolais qui, sous la conduite du Président Denis SASSOU N’GUESSO et parfaitement conscient des faiblesses sanitaires locales, a su je le pense, anticiper au mieux chaque phase de cette pandémie évolutive, en prenant, avec prudence, les décisions les plus adaptées, souvent difficiles, voire douloureuses, dans l’objectif premier d’épargner des vies.

Je salue également le courage et le dévouement du personnel de santé qui a dû mettre en œuvre ces décisions dans des conditions parfois dangereuses, face à une maladie mal comprise ou dont l’existence même continue d’être réfutée par beaucoup, engendrant de dramatiques comportements à risque.

Grâce au dispositif de coopération bilatérale déjà à l’œuvre au Congo, la France a pu, et j’en suis très heureux Monsieur le Ministre, être le premier partenaire à répondre à l’appel du Gouvernement pour apporter un appui médical et social, concret et rapide, aux populations les plus affectées et les plus vulnérables, sur l’ensemble du territoire national. D’autres partenaires ont suivi, inscrivant, pour la plupart d’entre eux, leur action dans le cadre sanitaire concerté et coordonné du Plan national de Riposte ; et je m’en félicite.

Mais il a fallu également identifier, décider et mettre en place les mesures de soutien aux opérateurs économiques, seuls véritables créateurs de richesses et d’emplois, eux aussi très durement frappés par le coût de la lutte contre le Covid-19 et par l’effondrement des cours du pétrole engendré par la récession planétaire. Les premiers résultats observés doivent, à l’évidence, être consolidés, comme doivent être poursuivis et amplifiés les efforts engagés en vue d’améliorer la gouvernance financière, le climat des affaires et l’Etat de droit. C’est essentiel, pour maintenant et pour demain.

De même est-il absolument nécessaire que les partenariats noués par le Congo en vue du traitement responsable et de la maîtrise durable de sa dette publique soient respectés. Mais pour cela, nous voyons bien que l’appui renouvelé des grands partenaires financiers multilatéraux lui est indispensable. Sur cette dimension économique aussi, la France a pu apporter sa pierre, en alertant notamment ces institutions internationales sur l’urgence à aider l’Afrique dans cette période exceptionnelle, quitte à mettre temporairement entre parenthèses les principes et critères prudentiels habituellement suivis en la matière.

C’est d’ailleurs bien ce qui est en train de se faire chez moi, de façon inédite et sous l’impulsion décisive du couple franco-allemand, avec le gigantesque (750 Mds €) « Plan de Relance pour l’Europe ». C’est également tout le sens de l’Initiative bilatérale « Covid-19 – Santé en commun », portée par le Président Emmanuel MACRON, qui est en train de mobiliser 1,2 Md € pour soutenir les pays africains engagés dans cette « guerre » multidimensionnelle contre le virus.
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Mesdames et Messieurs.

Assurément, la crise sanitaire sera sévère et longue --- « le Pic n’est pas encore atteint » a récemment prévenu l’OMS ---, mais elle finira par passer

Viendra alors le temps des enseignements à en tirer. Non pas pour dénoncer stérilement tel ou tel pays, tel ou tel décideur public ; non pour « jeter par-dessus-bord » une division internationale du travail jusqu’à présent unanimement louée comme irremplaçable pourvoyeuse de progrès et de confort, ou encore pour « crier au loup » avec la meute de tous ceux qui, bien évidemment, avaient tout compris avant tout le monde, à un phénomène qui, en vérité, a pris chacun de court. Non !
Il s’agira plutôt, ici au Congo, mais aussi dans mon pays, en Europe et partout ailleurs, d’analyser sereinement les mécanismes qui ont ainsi conduit le monde à la pire crise de son histoire moderne. Il s’agira d’identifier et de comprendre, pour les corriger, les excès de cette mondialisation débridée qui ont mis à jour nos fragilités et nos injustices. Il s’agira de repenser et de mettre en œuvre de nouvelles relations plus équilibrées, responsables et surtout plus solidaires. Il s’agira enfin, et surtout, d’inscrire cette ambitieuse rénovation dans le cadre de la transition écologique qui reste largement à construire, la lutte contre les dérèglements climatiques demeurant plus que jamais vitale.

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Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs.

Permettez-moi enfin de revenir au Général de Gaulle --- c’est son Année ! --- et à l’Appel du 18 Juin 1940, qu’il analysera plus tard comme « le miracle de l’espérance ». « L’important », dira-t-il, « n’était pas ce que je disais, c’était l’espoir que j’apportais, …, la fin de l’espoir étant le commencement de la mort ».

C’est sur cette note d’espoir que je souhaiterais clore mon propos :

- espoir que de cette crise majeure émerge une nouvelle solidarité étatique et humaine, mise en œuvre principalement par les outils multilatéraux dont nous disposons, qu’il faut certes rénover, voire refonder, mais qui sont plus que jamais indispensables pour espérer faire face à des défis de dimension de plus en plus planétaire ;

- espoir aussi que l’Europe et l’Afrique se saisissent pleinement de cette cruelle opportunité pour consolider leur propre processus de construction, redynamiser leur relation première de proximité et faire, enfin, de cette Mer intérieure qui nous sépare, parfois dramatiquement, un espace qui nous rapproche, en jetant entre ses rives de solides ponts de partenariat confiant, de respect mutuel et d’intérêts partagés ;

- espoir enfin, et surtout, dans cette jeunesse africaine qui est chargée de se dessiner un meilleur avenir, pour peu que lui soient offerts les moyens d’apprendre et de créer. La formation des jeunes est la clé de tout le reste. Et je suis particulièrement heureux d’avoir signé, mercredi dernier, avec le Ministre des Finances, deux conventions dans ce domaine de coopération fixé comme prioritaire par nos deux Chefs d’Etat, dans le droit fil du Discours présidentiel de Ouagadougou, en novembre 2017.

Vous le voyez Monsieur le Ministre, la France est et restera à vos côtés dans la réalisation de ces chantiers immenses qui nous attendent, comme un ami fidèle, loyal et attentionné, mais toujours exigeant, comme un partenaire respectueux, compréhensif et responsable, mais défendant farouchement ses propres valeurs.

Vive la République du Congo ! Vive la France ! Et vive l’amitié franco-congolaise !

Je vous remercie./. »

François BARATEAU

Dernière modification : 21/07/2020

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