« Eux », une exposition de portraits d’enfants

En parvenant à conjuguer son goût des voyages, son activité artistique et son engagement humanitaire, et tout en s’efforçant de travailler de façon créative et ludique avec les enfants les plus défavorisés, José Ramon Bas a réussi à trouver le point d’équilibre entre discours social et discours esthétique. Présentée à l’Institut français du Congo entre le 8 février et le 25 mars, l’exposition BANGO (« Eux », en langue lingala) le démontre avec force.

Une ardoise, un nom, un message

De « Je suis poli » à « Je serai ministre », de « Je veux une machine à coudre  » à « Je veux la paix dans mon pays », en passant par « J’aime ma mère, mon père et mon petit-frère Arsène » ou « J’aime l’Afrique », des dizaines d’enfants de Brazzaville et de Kinshasa ont écrit un vœu, un engagement, une déclaration d’amour, sur l’ardoise que leur a tendue le photographe et globe-trotter José Ramon Bas. Dessinés par eux-mêmes ou saisis par l’objectif de José Ramon, les portraits de ces orphelins ou enfants des rues issus de familles très défavorisées accueilleront les visiteurs de l’IFC jusqu’à la fin du mois de mars.

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« Fabrique-moi un train »

Le photographe madrilène les a également embarqués à bord de son « Trainproject » : avec le soutien de la fondation de mécénat artistique Almayuda, il a travaillé sur l’idée de la chaîne d’entraide et de solidarité en proposant à des enfants perdus de construire avec lui les éléments d’un gigantesque train qui se composera wagonnet par wagonnet, pays par pays, sur plusieurs continents. C’est donc un vrai petit train de bois de quelques mètres qui, avec ses wagons jouets réalisés à Brazzaville par les orphelins de la fondation Salisa, serpente « pour de vrai » au milieu des panneaux de l’exposition. Il se raccrochera ultérieurement aux autres segments de train déjà constitués, ailleurs, par d’autres enfants.

Si semblables, et pourtant si différents !

Tous les enfants ont été photographiés de façon très frontale, sur un fond très sobre et sans aucun accessoire, dans le dénuement habituel de leur quotidien. Dessins et portraits ont ensuite été rassemblés en « pavés » d’égales dimensions, et juxtaposés sur de grands tableaux blancs. Pour autant, chaque panneau joue sa propre variation : accent mis sur la diversité des âges, des visages et des attitudes, ou au contraire cadrages centrés au plus près des ardoises légendées ; organisation chromatique, si les portraits sont réunis en fonction d’une « assonance » de couleur ou, à l’inverse, pour permettre la note discordante d’un rouge ou un bleu étonnamment vifs ; effets de mise en abîme , enfin, dans les panneaux qui nous montrent le photographié exhibant la photographie qu’il a lui-même prise d’un camarade…

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A l’opposé des couleurs éclatantes traditionnellement associées à l’Afrique, l’artiste a traité la plupart des vêtements dans des tons pastel et travaillé les arrière-plans dans une gamme de noirs rugueux, de beiges et de blancs cassés qui laissent deviner la pauvreté des environnements, la grisaille des existences. Les expressions graves et sérieuses, les visages sans sourire, rendent plus poignante encore la force des messages tracés à la craie par les enfants : audacieux pari sur l’avenir (« Je serai Présidente »), ou réponses cri du cœur à la question « Qu’est-ce que tu préfères par-dessus tout ? » (« La télévision », « Le football ». Ou, plus essentiel encore, le "cri primal" des abandonnés : « Maison », « Manger »).

Liens utiles :

La Fondation Almayuda s’est donné pour objet de créer des passerelles entre les projets culturels et les actions sociales, humanitaires ou environnementales.

Dernière modification : 22/02/2012

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