Le « Papesac » anime à Brazzaville un séminaire sur la mise en place du LMD

En mission à Brazzaville entre le 6 et le 10 juin 2011, deux experts du Papesac (Pôle d’Appui à la Professionnalisation de l’Enseignement Supérieur en Afrique Centrale) se sont efforcés de répondre aux interrogations et aux inquiétudes exprimées par les enseignants du supérieur en République du Congo ; à l’invitation du SCAC, ils ont, entre autres, animé un séminaire portant sur la mise en place de la réforme « LMD ».

Une réforme de dimension européenne

Le système LMD (pour Licence – Master – Doctorat ) s’inscrit dans une volonté d’harmonisation des différents systèmes universitaires en vigueur au sein de l’Union européenne. Affirmée en juin 1999, à l’occasion de la conférence ministérielle de Bologne, elle visait essentiellement à faciliter la mobilité des étudiants et des chercheurs européens, et donc à construire des parcours de formation compatibles entre eux, validés par des diplômes de niveau équivalent. Dans la pratique, l’année est désormais divisée en deux semestres autonomes, de telle façon qu’un étudiant puisse en cours d’année se déplacer d’une université à l’autre.

Le LMD en Afrique

Comme d’autres pays d’Afrique francophone, le Congo a décidé d’adopter le système européen du LMD. Il aborde actuellement la phase finale de mise en place de cette réforme, qui doit prendre effet à la rentrée 2011. De nombreux départements et facultés de l’université publique, ainsi que plusieurs établissements privés d’enseignement supérieur, ont désormais « basculé » dans le nouveau système, partiellement ou totalement.

Ils se heurtent néanmoins à des difficultés récurrentes : d’abord parce que l’exigence de mobilité des étudiants et des chercheurs, inscrite au cœur de la réforme, a sans doute moins de pertinence en Afrique qu’au sein de l’Union européenne. Ensuite parce que la révision des calendriers universitaires qu’elle implique - l’année étant désormais divisée en deux semestres autonomes afin qu’un étudiant puisse en cours d’année se déplacer d’une université à une autre – n’a pas été sans compliquer la tâche des personnels administratifs et des enseignants : elle multiplie en effet par deux le rythme des examens, des évaluations et des corrections. Ainsi, de nombreux enseignants se plaignent de voir diminuer le temps effectivement dévolu à l’enseignement, et disent leur crainte de constater, à terme, une baisse qualitative chez les étudiants.

C’est la raison pour laquelle, répondant à une demande de l’université Marien Ngouabi, le Service de coopération et d’action culturelle a sollicité l’expertise du Papesac (Pôle d’Appui à la Professionnalisation de l’Enseignement Supérieur en Afrique Centrale). Mis par la coopération française à la disposition de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale, ce pôle est constitué de quatre, et bientôt cinq experts ; basé à Yaoundé, il a vocation à intervenir dans les pays et institutions de la zone CEMAC qui lui en font la demande, sur des thématiques transversales liées à la restructuration de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Spécialisés pour l’un dans l’Ingénierie de projet et la démarche Qualité, pour l’autre dans la Professionnalisation des enseignants chercheurs, les deux experts ont d’abord consacré deux journées à prendre des contacts avec les instances de l’enseignement supérieur et de la recherche, dans le public aussi bien que dans le privé.
Ils ont, en particulier, noté que de nombreux établissements n’ont fait que reformater les anciens curricula, sans les repenser en profondeur sous l’angle de la mobilité, de la professionnalisation, ou de la prise en compte des travaux personnels dans l’évaluation des volumes horaires. La semestrialisation ne fait donc qu’ajouter des contraintes supplémentaires dans des systèmes qui, pour la plupart, avaient déjà beaucoup de mal à « tenir » les échéances du calendrier. Et si les enseignants se plaignent d’un surcroît de corrections, les étudiants, eux, constatent que « sur le fond, rien n’a changé » mais que la charge de travail s’est considérablement accrue.

Aussi les deux experts ont-ils rappelé que, depuis son lancement en 1999, la réforme LMD s’est doublée d’une approche « par les compétences », prévue pour se substituer progressivement à l’approche traditionnelle par les contenus de connaissances. Elle consiste à définir les compétences attendues d’un diplômé par les milieux économiques et par les branches professionnelles, et à construire la progression en conséquence. Certes, dans beaucoup de pays d’Afrique, les possibilités de rapprochement avec les milieux économiques sont relativement limitées - à plus forte raison à Brazzaville, qui se trouve éloignée des entreprises et des principaux bassins d’emploi, pour l’essentiel concentrés à Pointe-Noire. Cependant les experts soulignent que l’employabilité des étudiants, l’ouverture des enseignants aux réalités du monde économique, la réponse apportée aux besoins de l’environnement socioprofessionnel, sont désormais des questions que l’université se doit de prendre en compte.

Dans le cadre des deux journées de séminaire, ils ont donc développé diverses présentations et activités autour des thèmes suivants : Définition des parcours de formation à l’aune des compétences recherchées, et de l’employabilité des diplômés ; relations Université-entreprises, pédagogie active, évaluation des compétences, démarche qualité.
Le séminaire s’est achevé avec une matinée consacrée à des ateliers, sur des thématiques aussi concrètes que « Elaborer le livret de l’étudiant ou le livret de stage » ou « Concevoir les nouveaux curricula". Suivi par de nombreux participants (et alors même que le vendredi 10 juin était un jour férié), il s’est conclu sur une invitation à revenir à Brazzaville, pour reprendre et approfondir la réflexion engagée, et devrait donc être suivi, assez prochainement, d’autres actions plus spécifiques.

Dernière modification : 16/06/2011

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